< Lieux de culte: les marchands ou les temples?
30.05.2020

Selon les évêques du Québec

Réouverture des lieux de culte: une question de «semaines»


«La planification du déconfinement des lieux de culte du Québec est enfin amorcée», écrit l’AECQ dans un communiqué daté du 29 mai. (Archives Présence/P. Vaillancourt)

 

29 mai 2020

Philippe Vaillancourt, journaliste

La réouverture des lieux de culte au Québec serait davantage une question de «semaines» que de «mois», a indiqué l’Assemblée des évêques catholiques du Québec vendredi après-midi, estimant qu’une rencontre tenue cette semaine entre des leaders religieux et des représentants du gouvernement du Québec constitue «un réel déblocage de la situation».

«La planification du déconfinement des lieux de culte du Québec est enfin amorcée», écrit l’AECQ dans un communiqué daté du 29 mai. «Nous savons maintenant qu’à moins de changements importants dans l’épidémiologie, la réouverture des lieux de culte se fera en termes de semaines, pas de mois», précise le secrétaire général de l'assemblée, Mgr Pierre Murray, dans une note envoyée aux journalistes.

La veille, le 28 mai, des représentants du gouvernement ont rencontré les membres d’une table de concertation interreligieuse pour parler d’une éventuelle réouverture des lieux de culte.

«De l’avis général, ce premier contact s’est avéré très positif et laisse entrevoir une réouverture sécuritaire des lieux de culte dans un délai rapproché», se réjouit l’AECQ.

Au cours des dernières semaines, des dirigeants issus de diverses traditions religieuses présentes au Québec ont envoyé au gouvernement des documents détaillant comment ils comptent s’y prendre pour rouvrir les lieux de culte et y tenir des activités dans le respect des mesures d’hygiène préconisées par les autorités de la Santé publique.

«Les membres de l’équipe gouvernementale ont souligné la qualité des documents soumis par les membres de la table de concertation interreligieuse ainsi que des discussions entreprises», indique l’AECQ.

On évoque désormais une accélération du travail conjoint visant à s’entendre sur un protocole «prévoyant les mesures à mettre en place pour prévenir toute propagation virale dans les lieux de culte».

«Une fois ce protocole entériné, la Santé publique pourra donner au gouvernement un avis favorable au déconfinement. Une décision et l’annonce d’une date de réouverture suivraient bientôt», précise encore l’assemblée épiscopale.

L’AECQ dit avoir profité de cette rencontre avec des représentants du gouvernement pour rappeler l’importance des lieux de culte pour un grand nombre de citoyens québécois de diverses croyances.

«Au-delà du simple rassemblement social, ils s’y retrouvent pour approfondir leur foi, partager leur prière, se soutenir mutuellement, trouver la force dans les épreuves et se mobiliser au service de la justice, de la solidarité et de la paix, contribuant ainsi au bien-être général de la société», soutiennent les évêques.

Ils ont également appelé les fidèles à faire preuve d’encore «un peu de patience» avant de pouvoir retrouver les lieux de culte.

La table de concertation interreligieuse comprend des représentants de l’Église catholique, de l’Église anglicane, des Églises baptistes évangéliques, ainsi que de différentes traditions juives, de différentes mosquées, et du Centre canadien d’œcuménisme.

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Pas de feu vert ni d'échéancier pour la réouverture des lieux de culte

26 mai 2020

Judith Desmeules

Le Soleil

Dans le plan de déconfinement du gouvernement, les lieux cultes se retrouvent dans les «phases ultérieures», avec les bars, les gymnases et autres rassemblements. Les évêques de Québec sont déçus, Mgr Marc Pelchat croit que les églises sont plus que capables d’ouvrir en assurant les consignes de sécurité.

«On nous rappelle souvent que nos églises ne sont pas pleines, et c’est souvent vrai, c’est une raison de plus. On est capable de faire respecter la distanciation physique», juge l’évêque auxiliaire de Québec.

L’Assemblée des évêques catholiques du Québec a d’ailleurs transmis un modèle de protocole sanitaire à chacun de ses diocèses, elle y présente les cérémonies qu’ils pourront adapter en fonction de ses particularités lors de la réouverture graduelle des églises.

Les lieux de culte ont été fermés et les célébrations liturgiques suspendues depuis la déclaration de l’état d’urgence sanitaire par le gouvernement du Québec, cela fait donc plusieurs semaines.

«Nous avons participé au travail de l’Assemblée en vue de la reprise des rassemblements. On est impatients, on a peu d’informations sur la réouverture jusqu’à maintenant. Ce n’est pas une question d’argent ni un caprice, c’est pour les gens. Ils ont besoin d’être accompagnés dans le deuil, on veut les aider, on veut pleurer avec eux, faire notre mission.»

Selon ce que François Legaut a annoncé lundi, les lieux de culte ne sont pourtant pas près d’ouvrir leurs portes. Un autre coup dur est de savoir que les centres d’achats, eux, ont le feu vert.

«Comme d’autres lieux ouvrent progressivement, on peut nous aussi. Les centres d’achats sont de grands espaces, ils sont capables de le faire. Mais dans la vie, il n’y a pas seulement l’économie... il y a d’autres secteurs de la société qui sont importants, et on pense qu’on fait partie de ceux-là», indique Mgr Pelchat.

Et le message de l'évêque auxiliaires vaut aussi pour les églises protestantes, les mosquées ou tout autre lieu de culte.

Pas juste l'économie

Les évêques de Québec reçoivent beaucoup de messages et de courriels pendant la pandémie, les membres font appel à eux pour partager des moments importants de leur vie... On prie les évêques de réouvrir les églises.

«On est bien contents pour les petits animaux, le toilettage est maintenant permis. Nous, on s’occupe des humains! On veut recommencer le plus rapidement possible, mais de manière sécuritaire. La majorité de notre clientèle est âgée de 65-70 et plus, on ne veut pas les mettre en danger, c’est important que les règles soient respectées et nous serons préparés.»

Les salons funéraires peuvent accueillir des familles, de petits rassemblements, si la distanciation sociale est respectée, mais pas les églises. C’est ce qui agace un peu Mgr Pelchat. «On serait capable de célébrer des funérailles différemment, nous sommes des spécialistes quand même.»

L’évêque auxiliaire de Québec rappelle que son institution a toujours été respectueuse des autorités publiques, une partie de leur clientèle leur reproche même d’être trop dociles face aux consignes de la santé publique. «Le gouvernement dit lui même que la santé mentale des gens, leur santé psychologique est mise à mal. À notre façon, nous contribuons à maintenir un niveau de sérénité, on aide à affronter des épreuves.»

Le Diocèse de Québec attend donc l’autorisation du gouvernement pour entamer sa réouverture progressive. Des messages ont été envoyés à tous les responsables de paroisses pour qu’ils commencent à travailler dans ce sens, notamment pour déterminer les églises ouvriront en premier et trouver des bénévoles.

«Le tout reste à être complété, on va avoir besoin d’aide pour l’affichage aux portes, contrôler les entrées, le lavage de mains, suivre les flèches. Les lieux doivent aussi être désinfectés entre chaque activité. Il y a du travail à faire, mais nous serons prêts», termine Mgr Marc Pelchat.

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Lundi 25 mai 2020

COMMUNIQUÉ pour diffusion immédiate

Mgr Christian Rodembourg, président de l'AECQ, annonce que l'Église catholique se prépare à la réouverture des églises.

Pour consulter le communiqué émis par l'Assemblée des évêques catholique du Québec, cliquer sur la ligne ci-dessous.

En prévision de la reprise progressive des rassemblements liturgique
L’Église catholique travaille sur un protocole sanitaire

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Le journal de Québec

HUGO DUCHAINE

Les églises veulent rouvrir leurs portes

Un nouveau protocole a été établi notamment pour la communion

Les églises catholiques s’impatientent et se disent prêtes à rouvrir leurs portes aux croyants, alors que s’amorce le déconfinement dans la province. 

« Mais c’est silence radio du côté du gouvernement », déplore Mgr Pierre Murray, secrétaire général de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec.  

Il souligne qu’un nouveau protocole à suivre pour la reprise des cérémonies religieuses en temps de pandémie et pour limiter les risques de propagation du coronavirus a été acheminé à tous les diocèses et au gouvernement.   

Communion changée 

La communion serait notamment transformée à l’ère de la COVID-19.  

Par exemple, des ministres masqués qui donnent l’hostie en silence et des allées à sens unique pour garder ses distances. Le rituel se fait aussi sans contact physique et avec du gel désinfectant à proximité. 

«Je pense qu’on fait nos devoirs et on est prêts, mais il n’y a pas de dialogue», poursuit Mgr Murray, ajoutant ressentir l’impatience et la frustration autant chez les prêtres que chez les croyants. 

Deuils repoussés 

Ce dernier pense surtout aux milliers de Québécois qui ont perdu un proche ces dernières semaines et qui repoussent leur deuil dans l’attente de célébrer des funérailles. 

«Quand on entend le gouvernement qui est préoccupé par la santé mentale des gens, je ne pense pas que ce soit bon de garder un deuil en dedans», dit-il. 

Les églises ont demandé la permission d’accueillir de petits rassemblements sous de strictes conditions, de 10 personnes et moins par exemple, pour souligner le décès d’un être cher. 

«Nos églises étant beaucoup plus grandes que les salons funéraires, la distanciation sociale n’est pas un problème», fait valoir Pierre Murray. Mais cette demande a été écartée. 

Toutes les églises n’auraient pas à rouvrir d’un seul coup non plus, poursuit Mgr Murray. 

«Nous sommes les derniers à vouloir devenir un foyer d’éclosion, mais il est tout à fait possible de créer des espaces sécuritaires pour le culte», assure-t-il. 

Selon lui, il y a eu un manque de reconnaissance de l’État envers les chefs religieux et les croyants depuis le début de la crise.  

Le secrétaire général souligne qu’autant les gens de confession chrétienne, juive ou musulmane ont dû renoncer à des fêtes importantes pour respecter le confinement. 

Un merci aurait été apprécié, dit-il. 

 

Gatineau, 20 mai 2020

François Gloutnay, journaliste

«Patience et amour», répond Mgr Durocher à ceux pressés de rouvrir les églises

L'archevêque de Gatineau en a assez de lire, sur les réseaux sociaux, ces reproches que l'on fait aux évêques ces temps-ci. Il a décidé de réagir sur la page Facebook qu'il anime quotidiennement.

«Certains nous reprochent d'avoir suivi les directives du gouvernement. D'autres nous reprochent de ne pas ouvrir tout de suite les églises. Il y en a qui sont frustrés qu'on ait même osé fermer les portes des églises. D'autre disent qu'on est motivés par la peur. Ou qu'on n'a pas la foi.»

«C'est mesquin et c'est méchant», dit en entrevue téléphonique Mgr Paul-André Durocher. «Ça m'insulte.»

«Ce n'est pas une question de peur», réplique l'archevêque. «C'est une question d'amour. Je ne veux pas transmettre ce virus aux autres».

«Depuis le début de la pandémie, je m’isole, j’obéis aux consignes du gouvernement, je suis doublement attentif à mon hygiène. Pourquoi? Ce n’est pas tant parce que j’ai peur d’être malade. C’est surtout à cause des prêtres plus âgés avec lesquels je vis. Je ne voudrais à aucun prix qu’ils deviennent malades à cause de moi», a-t-il écrit sur sa page Facebook.

Qu'on se rassure, l'archevêque de Gatineau, qui est aussi l'administrateur apostolique du diocèse de Mont-Laurier, est en bonne santé. «Mais j'ai librement choisi de limiter mes sorties, d’éviter les groupes, de travailler de la maison et de passer de longues heures dans la solitude.»

«Tel est le prix de l’amour», dit-il.

À ceux et celles qui répètent sans arrêt qu'il faut ouvrir et permettre l'accès aux sacrements, Mgr Durocher a cette réponse, franche et directe: «Pensez donc aux autres. J'ai l'impression que vous ne pensez qu'à vous-même.»

«Comment pouvez-vous demander la communion et demeurer indifférent à ce qui pourrait arriver à votre voisin qui va communier avec vous?», lance-t-il.

Protocole de réouverture

Mgr Durocher affirme travailler ces jours-ci, avec d'autres évêques du Québec, «à l’élaboration d’un protocole qui, une fois approuvé par les autorités gouvernementales, pourra nous permettre d’ouvrir progressivement nos églises».

Mais sa préoccupation première est avant tout de s'assurer que les fidèles qui entreront de nouveau dans un lieu de culte soient en sécurité. «Je ne voudrais pas que la réouverture de nos églises soit l’occasion pour ce virus de circuler et d’atteindre plus de personnes qu’il ne le fait déjà, surtout les membres plus âgés et vulnérables de nos paroisses.»

«Mais on n'est pas en train de se tourner les pouces en attendant que le gouvernement fasse le travail pour nous», dit-il.

Alors, comment voit-il cette réouverture? L'archevêque dit jongler avec plusieurs hypothèses mais insiste sur cette idée-maîtresse: la réouverture se vivra de «manière graduelle».

«On pourrait, dans une région donnée, n'ouvrir qu'un seule église au début. Peut-être qu'on va permettre en premier des célébrations qui ont une certaine urgence, comme des funérailles. Et si on débutait par les messes de la semaine, en plus petits groupes, avant celles du dimanche?»

Il faudra aussi trouver localement des bénévoles qui s'occuperont d'accueillir les gens et veilleront à ce que les consignes de distanciation physique soient respectées à l'intérieur de l'église. D'autres bénévoles devront nettoyer les bancs après chaque célébration.

Mgr Paul-André Durocher reconnaît que ce processus «exigera beaucoup de précautions».

«Ce ne sera pas comme c'était avant», dit-il. «Et nous ne pourrons pas reprendre nos façons de faire habituelles pour longtemps... certainement pas tant qu'on aura pas trouvé un vaccin.»

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«Nos églises n'ouvriront pas tout de suite. Pourquoi?»

La réponse vidéo du cardinal Lacroix

Le texte de Mgr Marc Pelchat, évêque auxiliaire à Québec, sur la question du déconfinement des églises, circule depuis le 18 mai. À son tour, le cardinal Gérald C. Lacroix nous présente en vidéo ce message qui vise à encourager les fidèles qui souhaitent une reprise des activités ecclésiales dès que possible. Nos évêques expliquent les raisons qui motivent leurs choix et invitent à la patience, à la charité pastorale, au courage, voire à l’héroïsme en ce temps de crise…

 

Messages pastoraux des évêques

“Nos églises n’ouvriront pas tout de suite. Pourquoi?”

Par Service des communications

18 mai 2020

Nos évêques, par la voix de Mgr Marc Pelchat, évêque auxiliaire à Québec, répondent aux membres de nos communautés qui les pressent d’autoriser la reprise des activités ecclésiales.


Les évêques du Québec reçoivent de plus en plus de demandes insistantes visant à réouvrir les églises de nos diocèses afin que les fidèles puissent avoir accès aux sacrements. Nous ne sommes pas sourds à l’expression de ce désir légitime et nous le comprenons. Mais il serait imprudent d’y répondre trop rapidement, sans tenir compte de nos responsabilités à l’égard de la santé publique.

Depuis le début de la pandémie, les évêques ont fondamentalement agi par charité pastorale en suspendant toutes les célébrations liturgiques communautaires et en fermant les lieux de culte dès que l’état d’urgence sanitaire a été déclaré. Le devoir de charité chrétienne, qui est la première obligation de toute personne baptisée, était et continue d’être celui de prendre soin les uns des autres en évitant la propagation du coronavirus. C’est la meilleure façon présentement de mettre en pratique le grand commandement de l’Amour. Par charité pastorale, nous collaborons avec les autorités de la santé publique afin de réduire les risques mortels de cette pandémie. Nous ne devons pas oublier que de nombreux participants à nos rassemblements font partie des personnes les plus vulnérables.

Il est hasardeux de nous comparer avec les quelques commerces et supermarchés qui ont la permission d’ouvrir en laissant entrer un petit nombre de clients à la fois et en leur imposant de respecter diverses conditions d’hygiène. Notre vie ecclésiale est basée sur le rassemblement, la rencontre, la participation, le dialogue et l’échange. Nous ne sommes pas une entreprise de services, où chacun et chacune vient chercher l’objet de son désir pour sa satisfaction personnelle ou le bien correspondant à son besoin immédiat. Il n’est pas si simple de reprendre là où nous nous sommes quittés en mars dernier. Il faudra retrouver une vie ecclésiale qui se rapproche de ce que nous sommes comme Église.

Depuis le début de la pandémie, les évêques et les prêtres, en particulier ceux de soixante-dix ans et plus, sont entrés en confinement pour éviter les contacts rapprochés.  La plupart d’entre nous avons été très attentifs à respecter les précautions sanitaires. Pourquoi ? Pour éviter de contaminer un frère ou une sœur plus vulnérable alors que nous pourrions être porteurs du virus sans le savoir. Tel est le prix pour vivre jusqu’au bout l’amour fraternel et le soin que nous devons porter les uns envers autres.

Dans un message semblable à celui-ci, l’archevêque de Gatineau, Mgr Paul-André Durocher, rappelait que «les statistiques les plus récentes nous indiquent que le taux de mortalité au Québec a augmenté de 30% en avril par rapport à l’année dernière». C’est pourquoi nous prenons la situation au sérieux, disait-il, tout en souhaitant qu’il sera bientôt possible d’envisager une reprise.

Les évêques du Québec ont d’ailleurs entrepris un dialogue avec les autorités gouvernementales depuis plusieurs semaines. Nous travaillons depuis un certain temps à élaborer un protocole qui, une fois approuvé, nous permettra d’ouvrir progressivement nos églises tout en assurant la sécurité de ceux qui s’y rassembleront. La proximité de sa mise en œuvre dans le temps dépendra de l’évolution de la maladie dans chaque région et pour chaque secteur d’activité. Toute reprise demandera d’appliquer de nombreuses précautions. De nouvelles pratiques devront être mises en place et rien ne sera plus comme avant pour un bon moment.

Souvenons-nous que le Seigneur est présent chaque fois que nous ouvrons les Écritures pour méditer sa Parole, chaque fois que nous prenons un moment pour prier, chaque fois que nous venons en aide à un frère ou une sœur. Il est réellement présent avec nous, et d’autant plus quand nous sommes quelques-uns à le prier ensemble, même à distance. Nous utilisons beaucoup les médias sociaux et les outils de communication traditionnels (le bon vieux téléphone) pour maintenir des relations entre nous, pour rester en contact et cultiver la fraternité. Nous pouvons nous réjouir que tant de communautés paroissiales restent actives de manière créative et fructueuse, malgré la fermeture des lieux de rassemblement.

Les appels à distribuer l’eucharistie en dehors des célébrations eucharistiques ou les demandes qui nous sont faites de confier le Pain eucharistique à des familles ferventes qui le conserveraient chez elles, pour devenir des «ministres extraordinaires de la communion» au profit de leur entourage, ne sont pas des invitations auxquelles nous céderons. L’assemblée eucharistique est le seul lieu où nous partageons le Corps du Christ pour devenir ce que nous recevons, sauf s’il s’agit de la communion apportée aux personnes malades ou en fin de vie, quand les conditions sanitaires permettent de pratiquer cette œuvre de miséricorde.

Les circonstances actuelles sont peut-être pour nous, catholiques du Québec, un appel à pratiquer un certain héroïsme dans la foi, comme nous n’avons pas eu à le vivre depuis les temps missionnaires. Il y a quelques mois à peine, un Synode sur l’Amazonie nous révélait l’héroïsme et la foi de nos frères et sœurs de ces régions qui maintiennent leur foi vivante et active en ne célébrant l’Eucharistie qu’une fois ou deux par année. Nous pourrions apprendre beaucoup de l’histoire de communautés catholiques qui ont été privées de prêtres et de sacrements pendant des années (Cambodge, Corée du Sud), tout en préservant leur foi et leur relation au Christ.

Croyants et croyantes, nous faisons l’expérience d’un moment de notre histoire où nous sommes mis au défi de demeurer fermes dans la foi, enracinés dans l’amour inconditionnel du Seigneur, alimentés par sa Parole et soutenus par la communion avec nos frères et sœurs, même à l’écart de nos rassemblements. Peu importent les circonstances de l’histoire, notre Dieu n’est jamais à court de créativité pour se faire proche de nous, comme il le démontre en tout lieu et en tout temps de l’histoire humaine. Votre intimité avec le Seigneur et le dialogue continu que vous entretenez avec Lui vous aideront à traverser l’épreuve jusqu’à ce que nous soyons de nouveau réunis pour chanter les louanges de Dieu, Père, Fils et Esprit.

Par ailleurs, nous recevons avec joie vos nombreuses propositions d’aide et d’implication en vue de la relance qui viendra, bien que nous ignorions le moment. Nous vous invitons dès maintenant à prendre contact avec votre équipe pastorale paroissiale pour manifester votre désir de contribuer activement lorsque les rassemblements seront de nouveau possibles. Nous souhaitons que, dans chaque communauté chrétienne, les familles et les jeunes soient en première ligne pour constituer des équipes d’accueil renouvelées et disponibles. Nous pourrons ainsi vivre des retrouvailles profondément fraternelles, en dehors de la «bulle» où chacun de nous a dû s’installer. Comme elle nous manque, cette communion fraternelle entre nous !

Nous vous invitons à demeurer patients, dans la charité du Christ, et à vivre le cœur en paix, en acceptant les limites que nous impose cette situation inédite, simplement par amour pour les autres. Que l’Esprit nous aide à transformer cette expérience de privation en manifestation d’amour pour nos frères et nos sœurs dont nous sommes solidaires.

Avec l’approbation de l’Archevêque de Québec, le Cardinal Gérald C. Lacroix
en union avec Mgr Martin Laliberté, p.m.é., évêque auxiliaire

 

Unis pour la réouverture des lieux de culte

TVA Nouvelles

Publié le 17 mai 2020

Pour voir le vidéo de la nouvelle cliquer sur l'image

Peu ont échappé aux mesures de confinement imposées par Québec, pas même les lieux de culte qui sont fermés depuis plusieurs semaines.

Mais plus la situation perdure, plus la pression est grande sur le gouvernement pour leur réouverture.

C’est pourquoi quatre représentants des communautés religieuses s’unissent pour que ces lieux puissent rouvrir.

Pour l’archevêque de l’Église catholique de Québec Gérald C. Lacroix, il ne fait aucun doute que les lieux de culte sont un service essentiel.

«Bien sûr pour la partie spirituelle, mais il y a un côté très social à nos rassemblements, peu importe la communauté de foi. Rassembler des gens, les accompagner, les accueillir, ça fait partie de la vie», dit-il.

Selon Mgr Lacroix, tout comme les entreprises et commerces qui ouvrent peu à peu, il assure qu’il serait capable de «prendre les mesures nécessaires» pour respecter la distanciation sociale.

Si eux ils espèrent rouvrir, l’impatience se fait aussi sentir chez les fidèles, remarque Bruce Myers, évêque anglican de Québec.

«C'est sûr que les gens veulent retourner à leur bâtisse, à leur lieu de culte. Alors, c'est sûr qu'on va suivre toutes les règles, toutes les directives de la Santé publique», raconte-t-il.

Une réouverture des lieux de culte serait bénéfique pour le moral de la communauté musulmane, croit Mohamed Labidi du Centre culturel islamique de Québec.

«Vous savez, quand on a fermé, il y a des gens qui pleuraient. C'est sûr que les gens ont hâte que ça ouvre, vraiment», lance-t-il.

Les quatre représentants ont d’ailleurs envoyé au gouvernement un protocole conjoint pour une réouverture sécuritaire.

Tous se disent prêts à respecter les mesures d'hygiène et à diminuer le nombre de personnes à l'intérieur des établissements, s’il le faut.

«Absolument. On n'a pas le choix. La santé, c'est ce qui est le plus important quand même. Par contre, les gens ont hâte de retrouver leurs repères spirituels», précise David Weiser, porte-parole de la communauté juive de Québec.

Malgré tout, M. Weiser indique qu’il ne sera pas en mesure de faire respecter les règles dans leur lieu de culte.

«Nous, la communauté juive de Québec est très petite. Donc, on va attendre à l'automne pour voir comment ça se passe», laisse-t-il entendre.

«On essaie d'être de bons partenaires, de collaborer. Il y a une dizaine de jours, les leaders religieux, on s'est rassemblés à travers le Québec pour envoyer une lettre au premier ministre pour qu'on puisse entrer dans un dialogue», ajoute l’archevêque Lacroix.

Dix jours plus tard, ce dernier mentionne qu’aucune réponse ne leur est parvenue de la part de François Legault. Il espère tout même qu’il y aura un bon dialogue.

Peu importe, les leaders religieux sont prêts à faire plus de célébrations à capacité réduite si cela leur permet d’ouvrir.

«Je pense qu'une des belles choses qui est sortie de cette crise, c'est que peut-être que ça prenait une pandémie, pour rassembler les grandes religions du Québec autour d'une même table, pour trouver une voix commune, un sens commun sur quelque chose d'important», affirme l’évêque anglican Myers.

Reste à voir maintenant si leur cri du cœur sera entendu par le gouvernement.

 

L’Église catholique se prépare à la reprise des activités liturgiques et pastorales

Et entrevue avec Mgr Marc Pelchat

Québec, le 7 mai 2020 – Depuis le 15 mars dernier, l’Église catholique au Québec a cessé de tenir toutes les activités liturgiques et pastorales qui nécessitaient des rassemblements et fermé les lieux de culte. Par cette mesure inédite dans notre histoire récente, nous avons contribué à diminuer l’effet de la pandémie sur la population québécoise, en respectant intégralement les directives des autorités de la santé publique du Québec depuis le début de la crise sanitaire.

Le fait d’avoir renoncé provisoirement à convoquer des rassemblements ne signifie pas que nos diocèses, paroisses et communautés locales ont cessé toute activité: grâce aux médias sociaux, des liturgies ont pu être célébrées, des partages de la Parole ont pu avoir lieu, des catéchèses pour les enfants, les jeunes et les adultes ont été offertes. Plusieurs activités caritatives se sont poursuivies, des chaînes téléphoniques de solidarité ont été instaurées, des lignes d’écoute ont été mises sur pied, plusieurs fidèles ont redécouvert la fécondité de l’Église domestique.

Depuis quelques jours, les autorités sanitaires ont annoncé une atténuation progressive et ordonnée des mesures de confinement. Si aucun changement n’a encore été annoncé quant à la possibilité de tenir des rassemblements dans nos lieux de culte à certaines conditions, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec s’y prépare activement et notre Église diocésaine participe à cette préparation.

  1. Le dialogue interreligieux s’est poursuivi depuis la Déclaration du 23 mars dernier. Les leaders des diverses traditions travaillent à mettre en place un protocole de réouverture des lieux de culte qui sera bientôt présenté aux autorités sanitaires. Ainsi, nous serons prêts lorsqu’il sera possible d’ouvrir nos lieux de rassemblement pour le culte public et la prière personnelle.
  2. Une équipe s’affaire à préparer un protocole sanitaire spécifique aux rites catholiques (les divers sacrements de l’Église), qui nous permettra de vivre nos rassemblements de manière sécuritaire, en tout respect des directives de la santé publique.
  3. Un travail de concertation avec la direction des salons funéraires, des coopératives funéraires et des cimetières est en cours pour établir des paramètres qui nous permettront d’accueillir et d’accompagner pastoralement les familles endeuillées, dès qu’il sera possible de le faire.

L’Assemblée des évêques du Québec est par ailleurs en communication directe avec le bureau du premier ministre du Québec et avec les responsables de la santé publique afin de discuter de la reprise de nos rassemblements, en concertation avec nos diocèses.

Bien que nous ayons tous hâte de nous rassembler à nouveau pour célébrer les louanges du Seigneur et les grands événements de notre vie, nous sommes appelés à exercer encore un peu notre patience dans l’attente de ce moment. Ce délai, que nous espérons le plus court possible, nous permet de bien nous préparer à la reprise éventuelle, en toute sécurité, de nos activités publiques et de nos rassemblements.

Source: Église catholique de Québec

Informations: Valérie Roberge-Dion, Directrice des communications

 

Québec, le 8 mai 2020

Entrevue avec Marc Pelchat

   Églises et déconfinement :
   «On est à veille de perdre patience»

 «On ne veut pas brûler les ponts, on veut être de bons citoyens, mais il y a des limites», dit Mgr Marc Pelchat, évêque auxiliaire à Québec. Les évêques pressent le gouvernement de considérer la réouverture des lieux de culte. (Archives résence/P. Vaillancourt)


L’exaspération commence à être palpable dans les rangs de l’Église catholique au Québec, alors qu’on ne se gêne plus pour dire que les relations avec le gouvernement sont difficiles pour préparer le déconfinement et rouvrir les églises.

Le 7 mai, l’archidiocèse de Québec a publié un message reprenant les grandes lignes d’un mémo reçu la veille par l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ). L’objectif officiel? Rassurer la population et le personnel pastoral en affirmant qu’on travaille pour relancer les diocèses et les paroisses. Mais on espère aussi mettre un peu de pression sur le gouvernement de François Legault.

«L’Église catholique et les chrétiens en général au Québec on a été les premiers à appliquer les mesures de précaution avant même que le gouvernement les impose à tout le monde», rappelle Marc Pelchat, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Québec et président du Conseil Église et société de l’AECQ.

Il confie que depuis la décision de fermer les églises, les autorités diocésaines n’ont jamais cessé de recevoir des messages de déception et de frustration de la part de fidèles et de membres du clergé. L’entente conclue entre le gouvernement italien et la conférence épiscopale italienne cette semaine vient désormais rajouter un peu de pression en vue d’une réouverture des églises au Québec.

Mgr Pelchat et ses confrères évêques espèrent «sensibiliser» les autorités publiques. «Nous sommes un peu absents de leur réflexion», ressent-il.

Un dialogue entre les évêques et le gouvernement a été établi il y a un certain temps, dit-il, mais les résultats se font toujours attendre.

«Les effets apparents, on n’en voit aucun. Le gouvernement parle des cabanes à sucre, des bars, mais jamais des églises. Pourtant, nous apportons du réconfort à beaucoup de gens. Nous rassemblons des centaines de milliers de personnes chaque semaine.»

L’un des points d’achoppement se situe présentement du côté des services funéraires. Des salons ont le droit de tenir certains rituels, mais pas les églises. Ce «deux poids deux mesures» ne tient pas la route, croit Mgr Pelchat, car les églises pourraient aisément offrir des services funéraires: les salles – les églises – sont bien assez grandes pour permettre à un nombre restreint de gens de garder leurs distances. Les portes sont grandes et nombreuses.

«Nous aimerions le faire – et c’est un devoir de compassion, c’est notre rôle – pour les familles en deuil. Nous voulons négocier et signer un protocole d’entente, mais nous n’avons pas de réponse!», déplore Mgr Pelchat.

Le gouvernement actuel ne semble pas très à l’aise dans ses contacts avec les groupes religieux, reconnait l’évêque. Devant sa difficulté à contacter certains groupes, il a d’ailleurs sollicité l’aide des évêques, qui ont initié un regroupement de leaders religieux de diverses confessions pour émettre une déclaration commune le 23 mars dernier. Celle-ci incitait les fidèles à respecter les consignes du gouvernement.

«Nous voulons collaborer, mais nos demandes restent sans réponse», dit-il.

«Les évêques ont relancé les leaders des groupes religieux au Québec pour travailler ensemble pour peut-être commencer à négocier avec l’État sur des règles de déconfinement pour des rassemblements de prière, notamment dans les lieux de culte. Nous aimerions maintenant que les leaders puissent présenter leurs demandes. Mais il n’y a pas de lieu de dialogue actuellement», ajoute-t-il.

Il croit même qu’une telle instance de relations et de consultations entre les groupes religieux et le gouvernement, si elle voyait le jour, pourrait devenir une instance permanente. Les projets de loi 21 sur la laïcité et 40 sur la réforme de la Loi sur l’instruction publique, ainsi que le dossier de la refonte du cours Éthique et culture religieuse, ont d’ailleurs mis en évidence l’absence d’une telle instance au cours des derniers mois.

En mars, pour faire respecter les mesures de confinement, le gouvernement Legault a dû solliciter l’aide du Parti libéral du Québec, car il avait lui-même peu de contacts avec les communautés juives et musulmanes.

«Du côté des catholiques, nous voudrions désormais établir un protocole spécifique pour nos rites, avec des scénarios différents pour les baptêmes, les funérailles, les confirmations et les messes. Car nous voulons nous remettre à vivre des rassemblements de manière sécuritaire. Nous aimerions avoir des accords avec la direction de la santé publique et respecter ce qu’ils nous demanderont: nous ne voulons pas de passe-droit», assure l’évêque auxiliaire.

Issu du monde universitaire, Marc Pelchat a l’habitude des instances consultatives et des dédales administratifs. Mais face à la difficulté à établir un dialogue, il ne cache pas son exaspération croissante.

«On commence à être un peu impatients envers le gouvernement. On est à veille de perdre patience. On ne veut pas brûler les ponts, on veut être de bons citoyens, mais il y a des limites», laisse-t-il tomber.

Philippe Vaillancourt, journaliste

 

Québec, le 12 mai 2020

Déconfinement

Rouvrir les églises, oui. Comme avant, non.

L'église Saint-Charles-Borromée, à Charlesbourg. Comme toutes les réouvertures, celle des églises suscite son lot de questions et de préparation, bien qu’aucune date n’ait encore été avancée pour le Québec. En coulisses, un même souhait: rouvrir, oui. Comme avant, non.   (Archives Présence/P. Vaillancourt)

Comme toutes les réouvertures, celle des églises suscite son lot de questions et de préparation, bien qu’aucune date n’ait encore été avancée pour le Québec. En coulisses, un même souhait: rouvrir, oui. Comme avant, non.

«Nous avons un dialogue ouvert avec le gouvernement», confirme Mgr Pierre Murray, secrétaire général de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ).

Fruit d’une démarche interreligieuse menée conjointement avec des groupes chrétiens, juifs et musulmans, une proposition de protocole de réouverture a été envoyée au gouvernement le vendredi 8 mai. Le document s’inspire des documents de l’Organisation mondiale de la santé.

«S’il est accepté, ça va servir d’entente et de base pour que chaque tradition l’adapte à ses spécificités liturgiques ou cultuelles», explique Mgr Murray. «La communication est très fluide et l’oreille est attentive.»

Du côté de l’AECQ, on travaille présentement avec un liturgiste pour l’adapter à la réalité des célébrations catholiques. Les expériences allemande et italienne sont notamment suivies attentivement, afin de se tenir au courant des meilleures pratiques.

Ainsi, l’Église québécoise compte s’inspirer largement du protocole survenu entre la conférence épiscopale italienne et le gouvernement Conte II paraphé la semaine dernière.

En revanche, pour la question de la communion, l’attention se tourne plutôt vers l’Allemagne. Le ministre de la communion présente l’hostie et la dépose en évitant de toucher aux mains. Aucune parole n’est échangée. «Avec cette pratique, il est facile d’avoir une bouteille de désinfectant, si jamais les mains se touchent. Le fait de ne pas parler permet aussi une communion à visage découvert», explique Mgr Murray.

Selon lui, il ne serait pas étonnant que la réouverture des églises se fasse par étape, selon les régions – Montréal devrait attendre, par exemple –, les types de liturgie et l’âge des fidèles. Quant à l’annonce, il croit qu’elle pourrait être intégrée dans un plan généralisé pour permettre à nouveau des rassemblements limités en nombre, un peu comme dans les premiers temps de la crise.

«C’est certain que cela aura des impacts sur la vie des paroisses. Les règles d’hygiène risquent d’être permanentes. Au plan pastoral, les effets se feront sentir à long terme : on fera des constats, tandis que la crise révèle ce que nous vivons comme Église.»

Redécouverte

Confiné lui aussi, l’archevêque de Gatineau a entrepris il y a plusieurs semaines de se filmer en train de commenter un passage de la Bible. Ses capsules, intitulées Lectures du jour, sont suivies en moyenne par 400 personnes en français et en anglais.

«Ça me prend presque deux heures par jour de lecture et de réflexion pour savoir comment approcher les passages, confie Paul-André Durocher. C’est une discipline qui structure ma vie depuis qu’on est dans cette situation, une discipline personnelle que je peux me permettre.»

Des fidèles lui demandent d’emblée de s’engager à poursuivre l’exercice lorsque le confinement sera terminé. Une demande qui nourrit sa réflexion sur l’Église post-confinement. Car il sait bien qu’il n’avait pas ce temps à y consacrer avant le confinement.

«Quel genre d’Église veut-on avoir? C’est la grande question. À mesure qu’on va déconfiner lentement, il faudra qu’on fasse preuve de créativité et de discernement», dit-il. À l’instar de la jeune Église qui se retrouvait dans des situations inédites et qui devait se réinventer continuellement.

«La plupart des gens ne veulent pas un retour comme on vivait avant. Les liens avec la famille, le temps de réflexion, s’écouter mutuellement: on redécouvre à quel point c’est précieux. J’espère que la société – et l’Église – seront transformées», avance Mgr Durocher.

Il a écrit aux paroisses de son archidiocèse pour les inciter à attendre les orientations et les consignes officielles. Il n’hésite pas à indiquer que le déconfinement et la réouverture des églises risquent d’être longs et d’exiger de la patience. Il craint que certains soient déçus de ne pas retrouver les églises qu’ils ont toujours connues.

Y a-t-il un risque que l’Église post-confinement soit submergée par des demandes de «services» et n’arrive pas à établir le modèle «missionnaire» dont elle rêve depuis des années?

«On ne pourra pas être juste en mode réactif, dit Mgr Durocher. Certes, les rites funéraires risquent d’être demandés. On aura des besoins. Mais il ne faudra pas se laisser aller à juste répondre aux besoins, aussi légitimes soient-ils. Il faudra aussi réfléchir à où on va, en étant conscients du risque de vouloir retourner tout simplement à ce qu’il y avait avant.»

Citant le dominicain Bruno Cadoré, il rappelle qu’en médecine, la guérison n’est pas qu’un simple retour à l’état précédent la maladie.

«La maladie transforme la personne. C’est une habilitation à vivre différemment ce qui se présente à nous. C’est ce qui pourrait arriver à nous et à notre Église», croit-il.

Mgr Durocher mène d’ailleurs la réflexion sur la suite des choses avec une équipe qui comprend une majorité de laïcs.

Repérer les tentations

À Québec aussi, des groupes réfléchissent à la question des messes et des sacrements.

«Il faut repenser tout ça, soutient Marc Pelchat, évêque auxiliaire à Québec. Sans quoi les paroisses vont repartir comme avant plutôt que repartir autrement. Tirons les leçons de ce que nous avons vécu. L’Église peut-elle repenser ses propositions aux fidèles? Ne pas retourner simplement à la situation antérieure, se remettre à célébrer des rites à la chaîne?»

Selon lui, il est illusoire de penser changer l’Église du tout au tout en deux mois, mais il faut voir dans la situation actuelle une occasion de réfléchir.

«Un changement en profondeur, ça prend des décennies, dit-il. Les mesures sanitaires auront peut-être été un moment pour nous arrêter et réfléchir à ce que nous sommes en train de faire. Et pour nous amener à faire autrement certaines choses.»

Il croit notamment que la tentation sera forte de multiplier les messes et les rites pour compenser le nombre de places qui risque d’être limité pour des raisons sanitaires. Par ailleurs, faut-il rouvrir toutes les églises?

«On n’a pas réponse à tout, mais on essaye de visualiser où on va. Nous utilisons beaucoup le mot 'autrement'. Ce n’est pas simplement une 'reprise' que nous voulons opérer», assure-t-il.

Des messes en plein-air, davantage de célébrations de la Parole, des funérailles présidées par des laïcs: plusieurs scénarios sont présentement sur la table. Et on sent bien que la communion pose un défi sanitaire.

À ce propos, faudrait-il s’attendre à voir un jour des hosties emballées dans de petits sachets individuels et distribuées à la pincette?

«J’espère que non! lance Mgr Pelchat. Cela en ferait un objet de consommation. Si les règles sanitaires empêchent la communion pendant un certain temps, on s’en abstiendra, c’est tout.»

Tenir compte des ressources

Toutes les personnes interrogées dans le cadre de ce texte admettent sentir une certaine pression polie des fidèles en vue d’une réouverture des lieux de culte. Le diocèse de Trois-Rivières n’y échappe pas et met tout en place pour anticiper l’ouverture des églises.

«Il y aura un choc dans la reprise, car ça ne se fera pas dans les modalités qu’on connait», estime Mélanie Charron, coordonnatrice de la pastorale d’ensemble et des communications pour l’Église de Trois-Rivières.

Un bénévole très impliqué dans une église locale lui disait par exemple que les bénévoles plus jeunes pourraient se retrouver avec une surcharge de travail, car ceux qui sont plus âgés pourraient ne pas encore avoir le droit de se déconfiner au début. Il se voyait déjà réorganiser seul les chaises de la nef pour les mettre à une distance règlementaire…

«J’utilise l’image du 'budget énergie', poursuit Mme Charron. Quelle énergie mettre dans le cultuel? Dans la relation de proximité dans nos milieux? Acceptera-t-on de déplacer nos budgets de temps et nos budgets d’énergie pour opérationnaliser le rêve d’une Église qui n’est pas que pour offrir des services?»

L’exercice requiert entre autres de sensibiliser les fabriques à ces réalités et à tenir compte d’une responsabilité vis-à-vis le patrimoine bâti.

Mais ce désir de voir une autre Église rouvrir ses portes est déjà partagé par plusieurs, se réjouit-elle. Le tout, ce sera de savoir faire des choix judicieux.

Philippe Vaillancourt, Journaliste