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09.02.2021

Texte de réflexion


Le voyage intérieur – Carême 2021

Je propose à notre méditation ce beau texte de Jean Martucci, qui me semble particulièrement signifiant en ces temps que nous vivons. En effet, alors que la possibilité d’effectuer des voyages «extérieurs» est fortement limitée, le temps du Carême nous est offert encore cette année pour entrer en soi, pour mieux s’ouvrir au vrai Dieu et aux autres. Bon carême à tous et toutes, et «bon voyage» ...    

Jean-François Lapierre, ptre-vicaire


«On peut aller au bout du monde, sans jamais aller au bout de soi-même. On peut aller très loin devant soi, et ne jamais entrer en soi. On peut se rendre ailleurs pour admirer de nouveaux visages… et ne jamais se rencontrer soi-même pour se regarder en face.

On peut courir les mers pour ne changer que de pays sans jamais changer d’esprit. On peut sillonner les mers pour changer de climat sans changer d’air.

On peut dans les hauteurs du ciel aller plus vite que l’oiseau, plus vite que le vent, plus vite que le son, sans jamais soupçonner qu’il y a en nous quelque chose de plus haut encore. On peut descendre plus bas que la mer et visiter comme en plein jour les entrailles de la terre, sans savoir ses propres abîmes et s’explorer un peu l’âme, au creux de soi-même.

Je connais un homme dont on me raconte qu’il n’est guère sorti de son pays, que pour visiter un ou deux villages à la frontière; mais sa logique l’a porté au bout de sa vie. Son pouvoir d’aimer l’a transporté plus haut que tout après l’avoir jeté plus bas que rien. Il n’était ni touriste, ni voyageur. À peine fut-il pèlerin quelquefois.

Il a connu et visité en lui-même la plus haute assurance et la plus profonde angoisse, l’exultation dans la joie et l’humiliation dans la mort, la pire des morts, la mort d’un méprisé. Il s’est reconnu dans la pureté des enfants et la laideur des lépreux. Il entendit en lui la parole de Dieu et les propos de Satan.

Il s’est parcouru lui-même, exploré, connu et reconnu, et il a trouvé en lui tout ce qui remplit l’univers et de quoi remplir tout l’univers. Sans parcourir le monde, il est descendu dans les régions inférieures de la terre et il est monté plus haut que tous les cieux. C’est pour cela qu’il remplit lui-même toutes choses.

Trop bornés pour le comprendre ou trop occupés à voyager à la surface du globe et en surface de soi-même, nous parlons de Lui comme s’il était venu donner un spectacle. Celui du Calvaire, celui de l’Ascension. Pourtant au plus bas de son humiliation, il a dit : «Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais sur vous-mêmes et sur vos enfants.» Et du plus haut de sa gloire, on peut entendre : «Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel?»

Les gnostiques d’hier parlaient du voyage cosmique du Sauveur. Mais Jésus nous invite au voyage intérieur. C’est en nous que se trouvent et la mort et la vie.» (Jean Martucci)